Résumé du projet
Introduction
À la suite d’une atteinte cérébrale acquise, comme un traumatisme craniocérébral ou un accident vasculaire cérébral, il peut devenir plus difficile de se souvenir de certaines informations ou d’organiser des activités du quotidien. Ces difficultés peuvent avoir un impact important sur l’autonomie et la qualité de vie.
Face à ces défis, les outils numériques, tels que les applications mobiles, offrent aujourd’hui de nouvelles possibilités. Toutefois, plusieurs questions demeurent. Ces outils sont-ils réellement utiles ? Sont-ils faciles à apprendre et adaptés aux personnes âgées, particulièrement celles vivant avec des atteintes cognitives ?
C’est dans ce contexte que ce projet de recherche s’est intéressé à l’utilisation d’applications mobiles d’organisation pour soutenir les capacités cognitives chez des personnes âgées de 65 ans et plus vivant ayant vécu une lésion cérébrale acquise. Les participants ont reçu un programme d’entrainement d’une durée de cinq semaines pour apprendre à utiliser deux applications (Google Tâches et Agenda) pour les aider à mieux organiser leur quotidien et à réduire leurs oublis. L’équipe de recherche souhaitait également évaluer si le programme d’entrainement était utile, réaliste et bien accepté.
Objectifs
Pour répondre à ces questions, quatre personnes âgées avec une atteinte cérébrale acquise ont participé à l’étude, accompagnées de leurs proches. Le projet s’est déroulé en deux étapes :
- Phase 1 : observation sans aide numérique. Pendant 3 à 5 semaines, les participants ont réalisé différentes tâches de mémoire sans utiliser d’applications, afin de documenter leur fonctionnement habituel.
- Phase 2 : utilisation avec soutien. Les participants ont ensuite suivi un programme d’entraînement d’une durée de 4 à 5 séances de 60 minutes, réalisées en personne avec une étudiante au doctorat en psychologie, pour apprendre à utiliser les applications. Ils ont réalisé différentes tâches de mémoire, cette fois avec le soutien des applications mobiles. Le programme comportait également du matériel visuel à consulter à la maison (infographies). Les participants ont appris, étape par étape, à entrer des rendez-vous, créer des tâches et programmer des rappels adaptés à leur quotidien. L’approche était flexible et ajustée au rythme de chacun.
Résultats
Des outils bien acceptés et de plus en plus utilisés
Les résultats montrent que les participants ont globalement bien accueilli ces applications. Ils les ont trouvées simples à utiliser, utiles et pertinentes dans leur quotidien et pour leurs besoins. Au fil du temps, leur utilisation a augmenté, y compris en dehors des activités prévues dans le cadre du projet. Cela suggère une appropriation progressive des outils. Ce résultat est particulièrement important, car il indique que, même chez des personnes peu familières avec la technologie, les outils numériques peuvent devenir des habitudes durables lorsqu’un accompagnement adéquat est offert.
L’importance de l’adaptation à chaque personne
Un des principaux enseignements du projet est l’importance de personnaliser l’entraînement. Les éléments qui ont favorisé l’adhésion des participants incluent notamment l’adaptation du rythme d’apprentissage, la prise en compte des besoins individuels, l’ajustement des objectifs en fonction du quotidien de chacun ainsi que la personnalisation des applications, que ce soit au niveau du type de rappels, des horaires ou de leur fréquence. Les participants ont d’ailleurs particulièrement apprécié cette flexibilité, qui respectait leur rythme et leurs préférences. Cette approche centrée sur la personne semble essentielle, car elle permet de favoriser l’engagement, de réduire la frustration et de maximiser les bénéfices associés à l’utilisation des outils.
Un soutien pour rester autonome
Même si les améliorations mesurées sur les capacités cognitives demeurent modestes, les applications offrent un soutien fonctionnel important dans la vie quotidienne, qui a d’ailleurs été corroboré par les proches des participants. Les applications permettent notamment de se rappeler des tâches ou des rendez-vous, de structurer la journée, de compenser les oublis et de soutenir l’organisation. Ainsi, ces outils agissent davantage comme des aides compensatoires que comme un entraînement cognitif pur, contribuant à maintenir l’autonomie et à faciliter la réalisation des activités du quotidien.
Limites de l’étude
Certains éléments doivent toutefois être pris en compte dans l’interprétation des résultats, notamment le petit nombre de participants, la courte durée de l’étude, l’absence de généralisation possible à l’ensemble de la population ainsi que la variabilité liée au niveau de familiarité avec la technologie. Ces limites suggèrent que d’autres études, menées auprès d’un plus grand nombre de participants, sur une plus longue période et dans divers contextes (p. ex. milieux cliniques ou communautaires), sont nécessaires.
Conclusion
Les applications mobiles représentent une piste prometteuse pour accompagner les personnes âgées ayant une atteinte cérébrale acquise. Elles se démarquent par leur accessibilité, leur adaptabilité et leur facilité d’intégration dans le quotidien, particulièrement lorsqu’un accompagnement est offert. Elles peuvent ainsi contribuer à soutenir la mémoire et l’organisation, à compenser certaines difficultés cognitives et à favoriser le maintien de l’autonomie.
Ce projet met en lumière le potentiel concret des outils numériques dans le soutien aux aînés vivant avec des difficultés cognitives. Au-delà de leurs effets sur les fonctions cognitives, ces applications offrent surtout un levier pratique pour améliorer le quotidien. Avec un accompagnement personnalisé et adapté, le numérique peut ainsi devenir un allié précieux pour vieillir de façon plus autonome et sécuritaire.
Équipe de recherche
Chercheur principal
Simon Beaulieu-Bonneau, professeur agrégé, École de psychologie, Faculté des sciences sociales, Université Laval. Chercheur au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale, CIUSSS de la Capitale-Nationale.
Membre du RQRV
Autres chercheur·e·s
- Bier, N; Université de Montréal;
- de Guise, E; Université de Montréal
- Potvin, MJ; UQAM
Étudiant·e·
- Sarazin, E; candidat au doctorat, Université Laval;
Collaborateur·e·s
- Imbeault, H; CSSS-IUGS, CIUSSS de l’Estri
- Gullo, H; The University of Queensland, Brisbane, Australia
- Wong, D; University, Melbourne, Australia